Norvège - Une expérience arctique

La Norvège, n°1 du dernier classement (publié en 2016) des Nations Unies en terme de « Développement humain » *, pays d’Europe (en terme géographique) le plus au nord avec une extrémité à près de 1000 km au-delà du cercle polaire, connu pour ses fjords, était un riche terrain d’exploration pour le projet.

 

Pour cette expérimentation je suis parti accompagné durant une semaine dans la région de Tromso (environ 600-700 km au-delà du cercle polaire), la plus grosse ville (en terme de population ~70 000 habitants) en Europe à cette latitude (69°Nord - c'est à dire à un angle de 69° au Nord par rapport à l'équateur - par comparaison la latitude de Paris est de 48° Nord et celle du Pole Nord est de 90° Nord).

 

 

 

Crédits: https://modernsurvivalblog.com
Crédits: https://modernsurvivalblog.com

Pour vous aider à mieux comprendre l'expérience voici quelques chiffres en comparaison avec mon séjour au Sénégal:

Nous étions alors à la fin de la nuit polaire, le soleil faisait son retour depuis le 15 janvier et la durée des journées ne faisait que croître à bonne allure depuis ce jour (~+ 20 min/jour - Source: calendrier solaire 2019). Malgré la nuit polaire (mi- novembre à mi-janvier), les habitants de la ville avec qui nous avons pu échanger nous ont expliqué avoir tout de même au minimum 2h « lumière » durant cette période, une sorte de lumière « évanescente ». Il faut alors aller plus au nord pour trouver des zones plongées dans l’obscurité complète pendant 3 mois.

 

Durant notre séjour nous avions de la lumière d’environ 9h à 15h avec, lors des journées claires, un soleil rasant mais visible de 10h à 14h. Cela donne l’impression, même à 10h que le soleil se couche, c’est assez troublant.  

Nous avons commencé notre séjour par 2x2 nuits chez l’habitant (Airbnb), un couple de retraités et une célibataire (~40ans) ayant un emploi. Ceci nous a permis de mieux connaitre la ville, les habitudes de ses habitants, la culture du pays et de profiter des maisons aux décors chaleureux, constituées en partie de bois.

Se rapprocher de l’environnement « arctique »

La suite du séjour consistait à se rapprocher de cet environnement « arctique » si peu familier pour nous, en vivant dans une camionnette (aménagée et avec chauffage d’appoint) durant 4 jours. Cela nous a donné à la fois la liberté de découvrir par nous-mêmes les fjords, les lacs, les paysages enneigés mais aussi les routes verglacées (pas de casse). Les quelques jours passés dans cette camionnette furent froids (rarement au-dessus de -7°C), en particulier pour le matériel fourni avec la voiture qui n’était pas vraiment adapté à ces températures. Ceci rendait difficile les activités de subsistances, comme par exemple préparer un repas chaud avec des cartouches de gaz gelées. Il fallait bien endurer cela pour avoir notre récompense qui était de s’endormir sous un ciel baigné par les aurores boréales.

 

 Durant ce voyage nous avons aussi eu la chance de rencontrer une chercheuse en chronobiologie (étude des horloges biologiques) à L'Université de Tromso, que j’ai pu interviewer pour le projet. Les conditions extrêmes de luminosité (« plein jour » pendant 3 mois et « pleine nuit » pendant 3 mois) et les périodes de transitions, entre chaque « période extrême », où les variations de lumière sont particulièrement rapides et intenses (par rapport à la France par exemple) sont particulièrement intéressantes pour ce type de recherches. Les échanges nous ont notamment permis de mieux comprendre le fonctionnement du corps humain vis à vis de la lumière et des alternances jours/nuits.

L’expérience du temps

En premier retour de mon expérience du temps sur place, il faut commencer par dire que lorsque vos activités sont principalement à l’extérieur la durée de jour est un élément dimensionnant pour vos journées. S’il y a un adjectif pour qualifier mon expérience ce serait INTENSE. Intense par les conditions climatiques (froid, vent) qui vous ancrent dans l’instant présent, intense par les éléments qui vous entourent (les montagnes, la neige, la mer, les aurores boréales) et intense par la vitalité qui vous anime durant ces quelques heures de jour avant de retrouver l’obscurité.

 

Pour décrypter comment peut être vécu le temps sur place il faut également se tourner vers la culture norvégienne qui se veut, de ce que j’en ai compris, équilibrée et autant que possible respectueuse des rythmes biologiques (peut-être à cause ou grâce à un environnement hostile pour l’horloge biologique humaine qui a besoin des alternances jours/nuits pour se resynchroniser tous les jours). Les horaires de bureau (8h-16h) sont généralement respectés, on n’y reste pas tard. Une importance particulière est donnée à la vie privée et aux loisirs. Ce rythme se reflète au niveau des repas, notre petit-déjeuner et le déjeuner sont généralement des repas froids et légers, pris rapidement. Le « dîner » est pris au retour du travail vers 17h, c’est le « gros repas » de la journée, souvent le seul repas chaud de la journée.

 

Cette vie dans ces conditions particulières doit, d'après les personnes que nous avons rencontrées, être pleinement choisies, il semble difficile d'y vivre seulement pour un emploi.

 

 

* L’Indice de Développement Humain (IDH), proposé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), est un score allant de 0 à 1 agrégeant 3 composantes :  L’espérance de vie à la naissance (capacité à vivre longtemps et en « bonne santé »). La durée moyenne de scolarisation par rapport à la durée attendue de scolarisation (capacité à acquérir des connaissances). Le revenu national brut par habitant (capacité à avoir un niveau de vie « décent »)


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Commentaires: 1
  • #1

    Olivier JANIN (dimanche, 17 février 2019 22:32)

    Bravo Gauthier ,
    Cette fois ci je regrette pour toi la courte durée de ton séjour.
    Néanmoins , j'avoue que tu as réussi à croiser les bonnes personnes ( une chercheuse en chronobiologie ) !
    Bonne suite dans ton projet Gauthier !